La gestation est très exigeante pour la jument. En plus de devoir subvenir à ses propres besoins, elle doit aussi assurer ceux de son poulain et pas uniquement pendant les onze mois de gestation, mais aussi après la naissance (lactation). Vous l'aurez compris, les besoins nutritionnels de la jument sont importants et croissants à cette période. Cet article vous informe sur l'alimentation d'une jument gestante et l'évolution de ses besoins durant les mois de gestation, jusqu'à la naissance du poulain et au cours de ses premières semaines de vie.
La mise à la reproduction de la jument
Contrairement aux chiens, aux chats ou à bien d'autres animaux, la jument a une activité sexuelle saisonnière. C'est un animal photosensible (c'est à dire, sensible à la durée du jour), alternant les phases d'activité et d'inactivité ovarienne.
En hiver et progressivement à l’automne, l’activité sexuelle de la jument diminue fortement. Cette période d'anovulation s'étend de la date de la dernière ovulation de l'année (généralement en octobre), à la première ovulation de l'année suivante (dès la fin d'hiver grâce aux techniques modernes de mise sous lumière ou le début du printemps). L'automne est une période de transition où la jument peut encore présenter des chaleurs, mais qui sont souvent irrégulières ou anovulatoires. L'anestrus vrai (arrêt total d'activité sexuelle) se situe plutôt en plein hiver : de novembre/décembre à février.
La mise à la reproduction a donc lieu au retour du printemps lorsque les jours commencent à rallonger.
Comment connaître le meilleur moment de fécondation d'une jument ?
Pour savoir où en est la jument dans son cycle et déterminer le moment où elle a le plus de chances d'être fécondée, une échographie est nécessaire. Le suivi échographique permet de déterminer le moment optimal pour réaliser la saillie ou l’insémination, généralement dans les heures précédant l’ovulation. La date de saillie est préalablement définie par le vétérinaire au moment de l'échographie.
Une fois cette étape passée, une échographie de contrôle doit être réalisée dans la deuxième ou troisième semaine suivant la saillie. L'objectif est de confirmer la gestation et de vérifier l'absence d'une gestation gémellaire.
Qu'est-ce qu'une gestation gémellaire ? Une gestation gémellaire chez la jument est une gestation au cours de laquelle deux embryons se développent simultanément dans l'utérus. Elle est considérée comme une gestation à haut risque, car la jument peut rarement mener deux poulains à terme sans complications.
Il faudra ensuite patienter onze mois en moyenne (durée de la gestation), avant que votre jument donne naissance à son poulain. Et oui, la gestation équine et l'élevage s'accompagnent de beaucoup de patience.
Quels sont les besoins nutritionnels d'une jument gestante ?
Les besoins de la jument gestante (entretien et gestation) sont corrélés à la croissance et au développement du fœtus. L'alimentation doit couvrir ces besoins pour assurer la pleine forme de la mère et du poulain.
On distingue deux phases marquantes de l'évolution des besoins en énergie et protéines de la jument en cours de gestation :
1. Du début de la gestation au 6ème mois
La gestation débute avec la phase embryonnaire pendant environ 40 jours, caractérisée par une forte multiplication cellulaire et la mise en place des tissus et organes du poulain.
Après ces 40 jours, l'embryon devient fœtus. Jusqu'à 6 mois, la croissance et le développement fœtal sont faibles.
À 7 mois de gestation, le fœtus ne représente encore qu’environ 15 à 20 % de son poids de naissance. (Source IFCE)
Les besoins en protéines et en énergie de la jument n'augmentent que très légèrement et sont sensiblement identiques à ceux d'un cheval à l'entretien durant cette phase.
2. Du 6ème mois à la naissance
S'ensuit une période aux besoins plus élevés du 6ème mois de gestation jusqu’à la naissance du fœtus. L'accroissement des cellules devient progressivement plus important que leur multiplication.
La croissance du fœtus explose tout comme les besoins de la jument : plus de 50% du poids de naissance du poulain est obtenu au cours des 10e et 11e mois.
La prise de poids de la jument est aussi importante durant les 3 derniers mois de gestation et représente entre 6,4 à 8% de son poids.
Cette seconde moitié de gestation se traduit par une augmentation graduelle d'environ 35% du besoin en énergie et de 80-85% en protéines pour permettre le développement fœtal.
Voici les apports journaliers recommandés en énergie et protéines pour une jument gestante, en fonction de son poids adulte et du mois de gestation (d'après IFCE, W. Martin-Rosset et al., 2012) :
Tableau Rationnement Complet
| poids adulte (en kg) |
UFC |
MADC (g) |
Consommation moyenne (kg de MS) |
| 500 |
600 |
700 |
800 |
500 |
600 |
700 |
800 |
500 |
600 |
700 |
800 |
| 0 - 5 mois |
4,1 |
4,8 |
4,1 |
4,5 |
296 |
339 |
381 |
421 |
7-9 |
8-10 |
9-11 |
9,5-11,5 |
| 6ème mois |
4,4 |
5,2 |
4,4 |
4,9 |
359 |
414 |
469 |
521 |
7-9,5 |
8-10,5 |
9-11,5 |
9,5-12 |
| 7ème mois |
4,7 |
5,5 |
4,7 |
5,2 |
361 |
417 |
472 |
525 |
7-9,5 |
8-10,5 |
9-11,5 |
9,5-12 |
| 8ème mois |
4,9 |
5,7 |
4,9 |
5,4 |
381 |
441 |
500 |
557 |
7-9,5 |
8-10,5 |
9-11,5 |
10-12 |
| 9ème mois |
5,1 |
6 |
5,2 |
5,8 |
416 |
482 |
548 |
612 |
7-10 |
9-11 |
10-12 |
10,5-12,5 |
| 10ème mois |
5,4 |
6,3 |
5,5 |
6,1 |
495 |
578 |
660 |
7339 |
7-11 |
9-12 |
10-13 |
10,5-13,5 |
| 11ème mois |
5,5 |
6,5 |
5,7 |
6,3 |
530 |
620 |
709 |
780 |
7-11,5 |
9,5-12,5 |
10,5-13,5 |
11-14 |
Evolution de la capacité d'ingestion : quels sont les impacts ?
Bien que la taille du fœtus augmente avec les besoins de la mère, la capacité d'ingestion de la jument n'augmente pas proportionnellement. En raison de la place occupée par le fœtus en fin de gestation dans le ventre de la jument, sa capacité d'ingestion (matérialisée par la consommation moyenne de Matière Sèche), n'augmente que d'environ 30%.
Il est donc important de veiller à ce que la mère ait une ration adaptée pour éviter toute carence : la densité nutritionnelle de la ration, notamment en protéines devra être augmentée.
La qualité des protéines ne doit pas être négligée : la teneur en acides aminés essentiels doit être prise en compte et particulièrement la teneur en lysine. En effet, la deuxième moitié de la gestation s'accompagne d'une augmentation de 80% des besoins en lysine.
Les besoins de la jument en gestation : vitamines et minéraux
Les minéraux
Des évolutions au niveau des besoins en minéraux et vitamines au cours de la gestation sont à prendre en compte (d'après IFCE, W. Martin-Rosset et al., 2012) :
A partir de la deuxième moitié de gestation, les besoins en calcium (Ca) et phosphore (P) augmentent fortement. Les besoins en cuivre, zinc, manganèse, fer et sélénium augmentent également de 20%, tandis que le magnésium, sodium, chlorure et potassium restent stables.
Les vitamines
- La vitamine A (+60%) : elle est essentielle au bon développement des tissus, des muqueuses et à la croissance globale du fœtus in utero.
- La vitamine E (+ 60%) : elle est un antioxydant qui protège l'organisme de la jument et du fœtus lors du pic d'activité métabolique en fin de gestation. Une supplémentation permet d'enrichir le colostrum, le lait et le sang du poulain. Elle contribue au soutien de l’immunité du poulain via l’enrichissement du colostrum. Un apport adapté en vitamine E et sélénium contribue à réduire le risque de rétention placentaire chez la jument après la mise bas.
- La vitamine D (+80%) : elle est indispensable pour favoriser l'absorption et la fixation du calcium et du phosphore, dont les besoins doublent en fin de gestation pour fabriquer le squelette du poulain.
Les besoins nutritionnels de la jument évoluent tout au long de la gestation. Ses besoins subissent une très forte augmentation au moment du poulinage pour préparer la lactation.
A noter que les besoins sont encore plus importants chez la jument allaitante.
Quels sont les risques d'une mauvaise nutrition pendant la gestation ?
La sous-nutrition
L'équilibre de la ration est essentiel pour la santé de la mère mais aussi pour le poulain car son alimentation a des effets in utéro.
Chez la jument la sous-nutrition peut s'accompagner d'une perte d'état corporel, bien que dans le cas d'une sous nutrition modérée, l'amaigrissement n'est pas forcément visible. En cas de déséquilibre ou d'insuffisance nutritionnelle, la poulinière mobilise en priorité ses réserves pour assurer le bon développement du fœtus, même au détriment de sa propre santé et quel que soit son état corporel. Cette mobilisation peut être excessive pour que le placenta compense le manque de nutriments en augmentant le volume de ses vaisseaux sanguins et en utilisant d'autres sources d'énergies (acides aminés, acides gras).
Chez le poulain, si ce type de malnutrition est important et associé à une maladie de la mère, le poids de naissance du poulain peut se voir diminué. Dans ces conditions, vous pourrez potentiellement avoir un poulain de petite taille et chétif. Le poulain risque également un retard de maturité et des altérations à long terme. Même si le poulain naît avec une taille et un poids correct grâce au mécanisme de compensation du placenta, vous pourrez potentiellement détecter :
- Un retard de maturité testiculaire
- Une ossature moins développée (canons moins larges), soulevant des questions quant à la solidité et résistance des os à l'effort
- Une résistance à l'insuline causée par une altération du métabolisme énergétique
La sous-nutrition d'une jument en gestation a donc des conséquences sur le développement du poulain. Ce n'est pas parce qu'au poulinage, le poulain semble en bonne santé et qu'aucun signe n'est visible, que le poulain ne présentera pas un défaut de développement ultérieur.
La surnutrition
S'il s'agit de surnutrition, les risques sur la santé de la jument et de son poulain sont tout aussi présents. La surnutrition est majoritairement liée à une charge trop importante en céréales et en amidon dans la ration. Pour les chevaux, une ration trop riche en énergie entraîne bien souvent un surpoids, voire de l'obésité.
Chez la jument reproductrice
Chez la jument reproductrice, cela favorise les risques de maladies métaboliques liées à l'obésité, telle que la fourbure, ainsi que des problèmes au poulinage. L'excès graisseux sur la zone pelvienne peut induire des complications en fin de gestation pour pouliner : les juments grasses manquent souvent de tonus musculaire. L'excès de graisse au niveau de la filière pelvienne (le passage) réduit le diamètre disponible pour le poulain, tandis que la jument s'épuise beaucoup plus vite lors des efforts d'expulsion.
D'autres complications au poulinage peuvent survenir à cause du surpoids comme une augmentation du risque d'asphyxie du poulain (lié à un poulinage trop long) et de rétention placentaire causé par le manque de tonicité de l'utérus de la jument grasse.
Chez le poulain
Chez le poulain, la nutrition peut également être affectée par l'excès d'amidon. En effet, la vascularisation du placenta se trouve impactée (vaisseaux moins volumineux, moins aptes à augmenter le flux sanguin selon les besoins du fœtus) provoquant également une inflammation non infectieuse, perturbant le transfert des nutriments. D'autre part, l'apport de céréales diminue la concentration en anticorps du colostrum, ce qui impacte négativement sa qualité, les défenses immunitaires, ainsi que le développement du poulain à long terme.
La surnutrition de la jument pendant la gestation influence la sensibilité du poulain à l'insuline à l'âge de 6 et 18 mois, quelque soit leur alimentation après la naissance. Les poulains naissants d'une mère sur-nourrie ont plus de risque de présenter des lésions d'ostéochondrose (anomalies de la croissance des os et des cartilages) ou une inflammation systémique non infectieuse augmentée. L'intolérance à l'exercice étant liée à une diminution de la sensibilité à l'insuline, le surpoids de la jument gestante présente un risque pour l'avenir athlétique du poulain. En effet, ce dernier pourrait éprouver des difficultés à stocker et utiliser efficacement le glycogène musculaire, limitant ainsi ses capacités physiques.
La surveillance et un contrôle régulier du poids de la jument gestante est indispensable afin d'adapter le suivi alimentaire durant la gestation et d'éviter les conséquences sur la santé.
Quels aliments privilégier en période de gestation ?
La ration de la poulinière doit être riche en protéines de qualité. Ces protéines se trouvent notamment dans les graines et légumineuses, dans les tourteaux, le foin de luzerne ou encore le foin enrubanné. Après la saillie ou l'insémination qui a lieu généralement au printemps, les apports de l'herbe peuvent être suffisants pour couvrir les besoins de début de gestation, si celle-ci est présente en quantité et en qualité.
Pour assurer les besoins croissant de la jument gestante en minéraux et vitamines A, D et E, la supplémentation avec un complément alimentaire pour soutenir le jument en cette période exigeante, tel qu'un complément minéral et vitaminé (CMV).
La recommandation de nos vétérinaires
GESTALAC est un complément alimentaire issu de la recherche vétérinaire, sous forme de granulés et assurant un apport en minéraux et vitamines à la jument gestante et en lactation. Ce complément minéral et vitaminé est à utiliser dans le derniers tiers de gestation et dans les trois mois suivants le poulinage.
A partir de l'été, le couvert végétal devient moindre en qualité et en quantité. Il est alors important d'ajouter un fourrage de bonne qualité en complément du pâturage. Une attention particulière doit être portée sur les conditions de récolte du foin, qui font varier la qualité. Jusqu'à 8 mois de gestation, l'alimentation de la jument peut se limiter au fourrage (si celui-ci est de bonne qualité), supplémenté par un CMV et par la mise à disposition d'une pierre à sel.
Les derniers mois de gestation sont synonymes d'une explosion des besoins, alors que l'accès à l'herbe se fait rare. Les besoins devront donc être couverts par un fourrage de bonne qualité (luzerne, un enrubanné...). Un enrubanné peut être un excellente compromis puisqu'il est très protéiné et riche en calcium. Le foin de luzerne déshydratée en bouchon ou du tourteau de soja peut aussi être intégré dans la ration de concentré pour apporter des protéines en quantité suffisante et préparer la lactation.
La gestation demande à la jument beaucoup d'énergie. Cette dernière est généralement apportée par les céréales (orge, avoine, maïs floconné...), mais durant la gestation, les excès d’amidon doivent être évités car ils peuvent être à l'origine de multiples troubles chez la mère et le poulain (Ostéochondrose, baisse de qualité du colostrum). Les céréales peuvent être en partie substituées par des matières grasses (oméga 3-6). Des aliments sans céréales existent et peuvent être distribués.
Ce qu'il faut retenir
L'alimentation d'une jument gestante n'est pas une chose à prendre à la légère. Une carence ou un excès peut entraîner de lourdes conséquences, sur son état de santé et celui du poulain.
Il est important de suivre attentivement l'évolution de l'état corporel de la jument et d'adapter sa ration au cours de la gestation. Les besoins ne sont pas les mêmes sur l'ensemble de la période : ils augmentent graduellement et particulièrement durant les 3 derniers mois de la gestation.
Si vous êtes en difficultés pour évaluer les besoins de votre jument, il est recommandé de consulter votre vétérinaire : il pourra vous aider dans la gestion nutritionnelle et à calculer la ration.