L'alimentation d'une chienne qui allaite est un facteur déterminant de sa bonne santé et celle de ses chiots. La gestation et l'allaitement sont à l'origine d'importantes dépenses énergétiques chez la chienne pour couvrir ses besoins nutritifs et ceux de ses chiots. Cet article vous donne toutes les informations nécessaires pour adapter correctement l'alimentation de votre chienne en période d'allaitement.
Quelle est la durée de gestation d'une chienne ?
La gestation chez la chienne dure environ deux mois (61 à 63 jours), ce qui est relativement court pour un mammifère. La taille de la portée peut être un facteur de variabilité dans la durée de gestation : les petites portées ont plus tendance à prolonger la gestation du fait qu'il y a moins de signaux hormonaux pour déclencher le travail tandis que les grosses portées suivent une tendance inverse en pouvant déclencher une mise bas plus précoce. Après la mise bas, les chiots restent auprès de leur mère environ deux mois jusqu'à leur sevrage.
L'importance d'une alimentation de qualité dès le début de la gestation
Les besoins nutritifs de la chienne sont évolutifs et croissants tout au long de la gestation.
Voici comment cela se passe :
- Durant les 5 premières semaines de gestation, correspondant à la période embryonnaire, le maintien de sa ration d'entretien habituelle suffit à couvrir les besoins nécessaires au bon développement des embryons. Une augmentation précoce de la ration dès le début de la gestation pourrait causer une surcharge pondérale (graisse abdominale) et entraîner des complications à la mise bas comme une dystocie (difficulté d'expulsion des chiots par manque de tonicité utérine ou étroitesse du canal pelvien).
- A partir du 35ème jour (soit de la sixième semaine), les embryons deviennent fœtus et les besoins en énergie (protéines et minéraux) de la chienne augmentent. Lors de la phase fœtale, le développement des futurs chiots est majeur : plus de 75 % de la croissance des fœtus a lieu durant les 3 dernières semaines. Le volume des fœtus limite alors l'espace abdominal et comprime l'estomac, impactant l'appétit de la chienne qui a tendance à moins manger alors que ses besoins nutritionnels explosent. À ce stade, les besoins en énergie (protéines et minéraux) augmentent de 10 % par semaine jusqu'au terme. La ration doit alors être fractionnée (3 à 4 repas par jour) dès la 6ème semaine pour assurer cet apport croissant.
Afin d'éviter toute carence il est important de distribuer une alimentation à haute densité énergétique, appétente et hautement digestible souvent sous forme de croquettes de qualité supérieure.
S'il est primordial de distribuer une alimentation adaptée, hautement digestible et énergétique, il est fortement déconseillé d'ajouter une complémentation en calcium à son alimentation au cours de la gestation.
Pourquoi ? Une supplémentation en calcium trop importante durant la gestation (en ajoutant des compléments à un aliment déjà complet) inhibe la parathyroïde. Cela augmente paradoxalement le risque d'éclampsie (hypocalcémie) au moment du pic de lactation car l'organisme ne sait plus mobiliser ses réserves osseuses.
Comment nourrir une chienne qui allaite ?
Après la naissance des chiots, la dépense énergétique est maximale pour une chienne allaitante et il est indispensable d'adapter son alimentation afin qu'elle ne s'épuise pas et que le lait soit suffisamment riche en nutriments. La période de lactation est très exigeante pour la chienne : adopter un régime alimentaire adapté lui permet de subvenir au mieux aux besoins de ses chiots en croissance et de rester en bonne santé.
Il est fréquent que la chienne refuse de manger 24h avant et 24h après la mise bas. C'est une réaction physiologique. Une fois cette période passée, ses besoins nutritifs sont corrélés à la taille de la portée mais aussi à l'âge des chiots.
Plus les chiots sont nombreux, plus les besoins énergétiques de la chienne sont importants pour produire du lait de qualité et en quantité suffisante. Le pic de besoin de la mère se situe entre la 3ème et la 4ème semaine d'allaitement : les besoins énergétiques sont d'environ + 25 % par chiot.
De l'allaitement jusqu'au sevrage, il est essentiel d'apporter à votre chienne de l'eau et de l'aliment sans restriction. Elle doit le moins possible puiser dans ses réserves afin d'éviter une perte trop importante en lipides, protéines et minéraux afin de conserver bon un état général.
L'hydratation : un élément primordial de la production de lait
L'eau est le composant majoritaire du lait maternel. En plus de devoir assurer sa propre hydratation, la chienne doit boire assez d'eau pour subvenir à la production de lait. C'est pourquoi l'accès à l'eau propre doit lui être permis en permanence. Veillez à renouveler l'eau régulièrement.
Le saviez vous ? Le lait d'une chienne contient environ 80% d'eau.
Le choix de l'aliment
L'alimentation d'une chienne allaitante doit être la même que celle de la chienne en fin de gestation. Il est en effet crucial de conserver le même type d'aliment pour assurer une continuité nutritionnelle et éviter les transitions digestives inutiles durant cette période de stress métabolique. Cependant, si la nature de l'aliment reste identique, les quantités distribuées doivent être considérablement augmentées pour couvrir la production de lait.
L'aliment doit être suffisamment énergétique et constitué de protéines de haute qualité. Un point de vigilance doit être apporté sur la digestibilité de l'aliment pour éviter les complications durant la lactation. Une chienne allaitante consomme des volumes alimentaires massifs. Si l'aliment est peu digestible, cela peut provoquer des diarrhées de lactation, entraînant une déshydratation rapide qui impacterait immédiatement la production de lait.
L'apport calcique de la ration est un élément à ne pas négliger car la production de lait exige un besoin conséquent en calcium. Une carence en calcium peut engendrer des troubles importants tels que l'éclampsie ou la tétanie de lactation.
En cas de difficultés pour choisir un aliment adapté ou pour calculer les nouvelles rations, demandez conseil à votre vétérinaire.
Les signes d'une alimentation incomplète
Perte d'état corporel
Souvent le premier signe d'alerte, l'état corporel est un bon indicateur pour savoir si l'alimentation est incomplète. Si c'est le cas, vous pouvez observer chez votre chienne une perte musculaire. En cas d'apport protéique insuffisant, la chienne catabolise ses propres muscles pour synthétiser la protéine du lait. Vous pouvez alors sentir aisément et voir des vertèbres et des os du bassin. La fonte musculaire s'accompagne généralement d'une perte de poids : une perte supérieure à 10 % du poids après la mise bas est le seuil critique (densité énergétique insuffisante). Un état léthargique peut également apparaître. La chienne qui ne se lève plus ou semble éteinte peut souffrir d'une hypoglycémie ou d'un épuisement métabolique général.
Problèmes dermatologiques
La peau et le pelage sont les premiers sacrifiés en cas de carence. Une chienne qui a le poil terne et piqué est probablement carencée en acides gras essentiels tels qu'en Oméga 3 et 6 ainsi qu'en protéines de haute qualité. Une mue excessive (au-delà de la mue hormonale classique post-gestation) peut indiquer un manque de minéraux et de vitamines (Zinc, Biotine).
Troubles du comportement
Une haute nervosité, un halètement excessif accompagné d'une hyperthermie maligne (hausse de la température corporelle), un désintérêt pour les chiots, des troubles moteurs (démarche raide) ou des tremblements peuvent être les signes d'une hypocalcémie ou de la maladie d'éclampsie.
Problèmes digestifs
La chienne a des selles molles, c'est souvent le signe d'une alimentation trop volumineuse ou d'une difficulté de digestion de la ration. En cas de carence minérale la chienne peut manger de la terre ou d'autres éléments non comestibles pour combler le manque. Il convient d'être très vigilant avec les selles molles car elles peuvent provoquer une déshydratation, pouvant tarir la production de lait.
Chez les chiots
S'ils pleurent constamment après la tétée, il s'agit probablement de problèmes d'allaitement. Le lait manque de qualité nutritionnelle ou n'est pas produit en quantité suffisante. Un retard de croissance peut aussi être observé chez les chiots.
Si vous observez l'un de ces signes d'alerte, vous devez immédiatement consulter un vétérinaire pour modifier son alimentation et effectuer plus d'examens.
La ration ménagère : bonne ou mauvaise idée pour nourrir une chienne allaitante ?
La ration ménagère est très odorante et appétente, généralement bien plus que des croquettes pour une chienne qui allaite. C'est une solution de taille si votre chienne boude sa nourriture, à condition que la recette soit élaborée par un professionnel. C'est généralement le cas lors du pic de lactation. La nourriture maison aide à maintenir une ingestion calorique suffisante. Si vous aviez déjà mis cela en place avant la gestation, il est nécessaire d'en créer une nouvelle spécialement pour la gestation et l'allaitement.
L'inconvénient de ce type d'alimentation est qu'elle est chronophage pour le propriétaire, mais très bénéfique pour la mère et les chiots. Des études ont démontré qu'avec une ration ménagère les risques de développement d'une dermatite atopique chez les chiots étaient diminués.
En cas de changement, veillez à effectuer une transition alimentaire progressive afin d'éviter l'apparition de problèmes digestifs pouvant dégrader son état de santé et celui de ses chiots.
Quels sont les risques ?
- L'erreur de dosage par le propriétaire est le risque majeur de ce type d'alimentation. Une ration ménagère "maison" sans calcul précis mène inévitablement à des carences, notamment en calcium, iode et vitamine D qui sont les 3 grands absents dans les rations maison sans CMV.
- Si le propriétaire oubli le complément minéral et vitaminé ou s'il se trompe dans le dosage du calcium, il met la vie de la chienne en danger car elle risque une éclampsie (hypocalcémie de lactation)
- Plus la portée est nombreuse plus le volume de la ration ménagère (qui contient environ 70 à 80 % d'eau) devient important. Si la ration n'est pas assez riche en lipides (graisses), la chienne ne pourra physiquement pas manger assez et sera amenée à perdre du poids. Pour une chienne de 30 kg avec un nombre de 10 chiots, la ration pourrait atteindre plusieurs kilos par jour. Si elle n'est pas "hyper-lipidique", la chienne sature avant d'avoir atteint son quota calorique.
A partir de quand une chienne arrête d'allaiter ses chiots ?
La production de lait de la mère augmente de façon constante pour répondre à la croissance rapide de la portée. Au même moment que le pic de lactation, qui a lieu aux alentours de la troisième et quatrième semaine après la naissance, les chiots commencent à goûter de la nourriture solide. C'est le début de la période du sevrage.
À ce stade, la demande énergétique des chiots devient si importante qu'elle commence à dépasser ce que la mère peut fournir sans s'épuiser. Leurs petites dents apparaissent progressivement et ils commencent à manger des petites croquettes adaptées à leur âge. Généralement, ces croquettes sont réhydratées avec de l'eau tiède pour les ramollir et faciliter la mastication et la digestion.
L'importance de la progressivité
Les croquettes doivent être amenées très progressivement car le système digestif du chiot doit s'adapter au passage du lactose à l'amidon (céréales/glucides des croquettes). À la naissance, le chiot possède une forte activité lactasique (pour digérer le lait) mais quasiment aucune activité amylasique (pour digérer l'amidon des céréales). L'introduction progressive de l'amidon est ce qui permet au pancréas du chiot de commencer à sécréter de l'amylase. Une introduction trop brutale provoquerait une diarrhée osmotique de sevrage. D'autre part tant que les chiots ne boivent pas spontanément de l'eau dans une gamelle, il est risqué de leur donner des croquettes sèches qui demandent beaucoup d'eau pour être digérées.
Point hygiène : veillez à retirer la nourriture humide non consommée après 30 minutes pour éviter la prolifération bactérienne. N'oubliez pas que la mère et les chiots doivent être vermifugés : les parasites internes peuvent empêcher la bonne absorption des nutriments, même avec la meilleure alimentation du monde.
A partir de leur septième semaine de vie, une alimentation totalement solide peut leur être donnée car leurs dents de lait sont bien sorties et la mâchoire assez forte pour craquer les croquettes. L'allaitement des chiots se poursuit jusqu'à ce qu'ils soient sevrés, vers sept semaines au plus tôt. Il s'agit du moment à partir duquel ils mangent exclusivement solide, même si certains sont tenaces et demandent encore la tétée. A ce moment la mère entame un sevrage comportemental : elle commence à repousser ses petits car leurs dents de lait et leurs griffes lui font très mal. Vous pouvez même observer de nombreuses griffures, parfois sanglantes, au niveau des mamelles de votre chienne.
Et après ? Quel aliment donner aux chiots ?
Lorsque les chiots sont en capacité de consommer de la nourriture solide, il est important de leur donner une alimentation chiot, spécialement formulée pour leurs besoins de croissance. La taille et la composition des croquettes spéciales chiot varient de celles d'un chien adulte.
En effet, l'estomac d'un chiot est encore très petit mais ses besoins en calories sont très élevés. L'aliment doit être extrêmement dense. Utiliser un aliment "adulte" obligerait le chiot à consommer des volumes trop importants pour son petit estomac, entraînant des troubles digestifs et une mauvaise absorption des nutriments.
La présence de DHA (Oméga 3) dans les aliments chiots est indispensable pour le développement de la rétine et du cerveau et est déterminant pour leurs capacités d'apprentissage.
Le chiot ne régule pas encore l'absorption intestinale du calcium, contrairement à un chien adulte. Un excès (fréquent dans les aliments non spécifiques ou les restes de table) peut provoquer des pathologies ostéo-articulaires irréversibles, comme la dysplasie ou l'ostéochondrose. En choisissant un aliment destiné aux chiots, vous garantirez un rapport Ca/P optimal.
La forme et la dureté de la croquette sont adaptées aux dents de lait pour permettre une fracture facilitée. La taille est également calibrée selon la race afin d'éviter la déglutition sans mastication. La prise d'une grande trop croquette peut être source d'étouffement ou de fausse route, particulièrement chez les chiots de petite race. C'est un élément à prendre en compte car il permet de prévenir les risques d'étouffement et d'optimiser la prédigestion salivaire.
Ce qu'il faut retenir
La gestation et l'allaitement chez la chienne demandent une alimentation équilibrée pour couvrir les besoins nutritifs massifs de cette période. La santé de la mère et de ses chiots dépend d'une gestion optimale des apports. En cas d'absence ou de carence de certains nutriments, et d'une quantité insuffisante de nourriture distribuée, la maman et ses chiots risquent l'apparition de troubles de la santé : perte de poids, maladies nutritionnelles, soucis de croissance, troubles digestifs... La lactation chez la chienne doit se préparer afin que tout le monde se maintienne en pleine santé.