Le cheval est un herbivore monogastrique. Pour respecter ses impératifs alimentaires, il est essentiel de rappeler qu'à l'état naturel, il passe en moyenne 16 heures par jour à consommer des aliments fibrés de manière fractionnée.
Pour garantir son bien-être métabolique et une santé optimale, il convient d'adapter précisément son alimentation : chaque cheval nécessite une ration équilibrée, capable de fournir des nutriments tant en quantité qu'en qualité nutritive.
L'enjeu pour toute personne responsable d'un équidé est alors de prévoir les besoins énergétiques réels pour sélectionner l'aliment qui lui correspond. Ses besoins en matière d'alimentation varient selon plusieurs critères : le mode de vie de l'animal, son stade physiologique, son poids et son niveau d'activité. Il devient alors crucial de mesurer précisément les portions par jour.
L'objectif est de garantir une ration équilibrée qui correspond aux besoins spécifiques de l'équidé et qui soit capable de soutenir ses dépenses spécifiques tout en respectant son métabolisme de consommateur lent.
Pour vous éclairer sur son alimentation, nous vous proposons dans cet article de découvrir les besoins nutritifs du cheval et comment préparer une ration équilibrée pour votre cheval. Vous trouverez également une méthode qui vous aidera à réduire le gaspillage alimentaire ainsi que les 3 piliers du bien-être chez le cheval qui le garderont en pleine santé.
Quels sont les besoins alimentaires du cheval ?
L’évaluation des exigences nutritionnelles dépend de l'activité et du stade physiologique de l'équidé :
- Activité ou utilisation : déterminer le niveau d'activité et le type d'utilisation permet d'évaluer ses dépenses énergétiques, étape essentielle pour connaitre ses besoins. Il existe différents degrés d'intensité, souvent répertoriés sous la dénomination "travail" avec les mentions sport ou loisir.
- Stade physiologique (Croissance, Adulte, Poulinière) : les dépenses énergétiques ne sont pas les mêmes en fonction des catégories d’équidés. Les exigences ne sont pas identiques qu'il s'agisse d'un cheval adulte ou en croissance. Un individu en croissance, dont le corps grandit et prend du poids, à des dépenses énergétiques conséquentes, liées au développement de son système nerveux, osseux, de son tissu musculaire puis de son tissu graisseux. Une carence alimentaire affecte directement sa croissance en freinant son développement. Chez la poulinière, le développement du poulain est source de sollicitations physiologiques significatives.
Les chevaux dont le niveau de besoin est fort sont :
- En croissance,
- En gestation,
- En activité intense (cheval de sport)
Les chevaux dont le niveau de besoin est plus faible sont :
- Adultes,
- En activité faible à modéré (cheval de loisir)
Les différents types de besoins
Le cheval a des besoins de différentes natures :
- Le besoin d’entretien : il fait référence aux dépenses issues du métabolisme de base, correspondant au fonctionnement des organes (système nerveux, circulatoire et respiratoire), des cellules et au maintien de l’intégrité des tissus. En plus des pertes associées au métabolisme de base, on compte celles liées à l’ingestion, la digestion, l’excrétion de certains déchets et à la thermorégulation. Les dépenses d'entretien sont variables selon le sexe, l'âge, la race, le taille, le tempérament mais aussi selon certaines caractéristiques génétiques. Les besoins d'entretien sont déterminés de manière à ce que l'équidé garde un état corporel optimal, que l'on peut mesurer par un Note d'Etat Corporel INRAE (NEC) de 3 sur une échelle de 1 à 5 (repères : 1 = indice corporel critique, cheval très amaigri < 5 = surcharge pondérale). Le métabolisme d'un poney de petite taille requiert moins d'énergie qu'un cheval de sang par exemple.
- Le besoins de production : les dépenses de production s'ajoutent aux dépenses d'entretien. On distingue différentes productions telles que le travail (activité physique), la gestation, la lactation chez la poulinière, ainsi que la croissance.
La nature des apports nutritifs
Afin de répondre à ses impératifs de nutrition, le cheval exige des apports journaliers diversifiés :
- Eau
- Fibres
- Energétiques
- Protéiques
- Minérales et vitaminiques
Quelle alimentation pour un cheval en bonne santé ?
La ration alimentaire doit être constituée d'une part importante de fourrages : les fourrages constituent la base de la ration journalière. Ils apportent des fibres essentielles à la santé du microbiote dans le gros intestin (caecum). Ils couvrent également des besoins d'usure normal dentaire, de mastication, nécessaire à la production de salive, qui tamponne l'acidité gastrique produite en continu par l'estomac. Parmi les fourrages, on retrouve la paille, l'herbe, le foin de prairie, luzerne ou de Crau (fourrage sec contenant environ 85% de Matière Sèche) et l'enrubanné (fourrage conservé par la fermentation contenant 50 à 70% de Matière Sèche). Les valeurs nutritives des fourrages varient selon les conditions de récolte (météo, hauteur de coupe, matériel), mais aussi avec la composition du couvert végétal récolté, et sa proportion de graminées et de légumineuses.
Conseil : pour établir une ration équilibrée, il est essentiel d'analyser la valeur nutritive de son fourrage. Il s'agit de l'unique moyen permettant de quantifier les teneurs en énergie, protéines, minéraux et oligoéléments de l'aliment.
La ration peut-être complétée par des concentrés : les aliments concentrés complètent la ration lorsque le fourrage est déficitaire en éléments nutritifs. Ils sont choisis en fonction de leur qualité nutritive et mesurés pour estimer la bonne portion et s'adapter au stade physiologique, à l'activité (entretien, travail) et à l'état corporel de l'équidé. L'apport de concentrés en excès favorise l'apparition de troubles métaboliques. Les aliments concentrés peuvent prendre différentes formes :
- Céréales : riches en énergie et en phosphore mais pauvres en calcium.
- Graines de légumineuses : riches en protéines et en calcium.
- Aliments du commerce : composés de céréales, légumineuses, fourrages, huiles, minéraux, vitamines...
- Sous produits oléagineux : riches en acides aminés et acides gras 3 et 6.
- Minéraux et vitamines : intégrés dans les aliments concentrés du commerce.
Quelques conseils pour l'alimentation de votre cheval
- Distribution du fourrage avant le concentré : la salive est produite en grande quantité lors de la mastication du foin. Elle protège l'estomac et tamponne l'acidité avant l'arrivée des concentrés.
- Répartition des repas sur la journée : lorsque l'estomac du cheval est vide, l'acidité générée en continue n'est pas tamponnée. La muqueuse non glandulaire n'est alors pas protégée et l'apparition de troubles digestifs est favorisée. La répartition des repas est essentielle afin de limiter les périodes de jeûne.
- Limiter les aliments riches en amidon : l'amidon est un glucide qui augmente les risques de troubles digestifs et métaboliques. Sa fermentation peut-être source d'une chute du pH et d'une sur-production d'acide lactique.
- Mettre à disposition de l'eau de boisson propre : l'eau viens aider à l'avancée du bol alimentaire dans le tube digestif. Elle à également un rôle essentiel sur l'absorption des nutriments.
Si la récompense (sucre, pomme, carotte, morceau de sucre) est une habitude appréciée après l'effort, son apport en calories est souvent sous-estimé dans la ration globale. Il convient d'être vigilant avec la pomme : bien qu'appétante, sa teneur en sucres solubles peut, en cas d'ingestion en grande quantité, induire une réponse insulinique marquée et perturber l'équilibre de la flore cæcale par fermentation, augmentant ainsi le risque de troubles digestifs. Pour vous rassurer, donner une pomme entière de la paume de votre main après une séance de travail, n'engendrera généralement pas de trouble digestif.
Comment calculer une ration équilibrée pour mon cheval ?
La ration individuelle journalière doit couvrir les dépenses d'entretien et de production spécifiques de votre cheval. Elaborer une ration complète passe par plusieurs étapes :
1. Évaluation l'état corporel
L'état corporel correspond à l'état d'engraissement de l'équidé, qui est visible par l'évaluation du tissu adipeux de l'animal. Il se caractérise par un bilan énergétique entre les niveaux d'apports de la ration et les dépenses. Cette évaluation peut s'effectuer par l'estimation d'une note d'état corporel (NEC). Le poids vif de l'animal est un indicateur important pour établir et adapter la ration, suivre son état de santé, mesurer l'intensité du travail par rapport à ses apports alimentaires et adapter la complémentation ou les éventuels traitements médicaux. En l'absence de balance pour le peser, d'autres moyens permettent d'estimer le poids du cheval. Parmi eux, un outil développé par l'IFCE qui détermine le poids par la mesure de deux critères : la hauteur de garrot et le périmètre thoracique.
2. Identification des besoins
Pour cela, la connaissance des apports journaliers recommandés est nécessaire, tout comme celle des valeurs nutritives des aliments. Les valeurs nutritives sont exprimées par des unités déterminées par l'Institut National de Recherche pour l'Agriculture, l'Alimentation et l'Environnement (INRAE). On retrouve l'UFC (Unité Fourragère Cheval) pour exprimer les besoins journaliers en énergie nette, MADCp (Matière Azotées Digestibles Cheval par rapport aux Protéines) qui donne une indication sur les protéines, g (grammes) pour les minéraux et UI (unité internationales) pour les vitamines.
L'INRAE a élaboré des tables de besoins recommandés en fonction du poids de l'animal, de son format (poney, cheval de selle, cheval de trait), de son stade physiologique et de l'activité physique.
3. Estimation de la ration
Cette étape définit les quantités de fourrages et de concentrés nécessaires pour couvrir les besoins journaliers de votre cheval. Cela passe par la réalisation d'un bilan de l'apport énergétique total, ainsi que protéique, minéral et vitaminique de la ration de base, auxquels il faut soustraire les besoins journaliers de l'animal. L'émergence d'éventuels excédents ou déficits permettra d'ajuster la ration. L'addition des teneurs en matières sèche de chaque aliment est aussi à effectuer pour savoir si l'ingestion est suffisante (capacité d'ingestion).
Des fiches de calculs ou logiciels de rationnement permettent d'aider à ce procédé.
4. Equilibrer la ration
Pour connaitre la quantité d'aliment que le cheval peut ingérer chaque jour pour couvrir ses besoins, il est nécessaire de déterminer sa capacité d'ingestion. Elle est exprimée en kilogrammes de matière sèche par jour (kg MS/ jour) par rapport au poids de l'animal.
La portion de fourrage recommandée un équivaut en quantité de 1,5 à 2 % du poids vif de l’équidé en fourrages par jour (plus ou moins selon l'individu et son activité). En cas de changement vers un nouvel aliment (qu'il soit fourragé ou concentré), assurez vous que la transition soit progressive pour ne pas déséquilibrer la santé du microbiote.
Il est difficile d'évaluer la quantité de nutriments à apporter sans information. C'est pourquoi, l'INRAE à mis à jour un tableau de recommandation (Source : site INRAE, 2015) des apports journaliers. Voici les recommandations pour un cheval de selle (hongre ou jument) de 550kg, permettant de doser la portion alimentaire à distribuer :
| Catégorie / État |
UFC |
MADCp (g) |
Ca (g) |
P (g) |
Mg (g) |
Na (g) |
Zn (g) |
Cu (mg) |
Se (mg) |
VE (UI) |
MS (kg) |
| Entretien |
Au repos |
4.5 |
305 |
28 |
18 |
8 |
15 |
400 |
110 |
1.1 |
550 |
8,5-10,0 |
| Production (Travail) |
- Léger |
5.5 |
365 |
35 |
22 |
10 |
25 |
450 |
130 |
1.4 |
800 |
10,5-13,5 |
| - Modéré |
6.8 |
450 |
42 |
28 |
12 |
35 |
520 |
150 |
1.8 |
1200 |
11,5-15,5 |
| - Intense |
8,5-10 |
580 |
55 |
35 |
15 |
50 |
650 |
190 |
2.5 |
2000 |
11,5-14,5 |
| Cheval vivant au pré |
+ 0.5 - 1 |
Astuces pour un équilibre optimum de la ration :
- Un simple bloc de sel mis à disposition de votre cheval lui permettra d'ajuster ses apports en sodium (Na), ces derniers pouvant varier d'un jour à un autre.
- Une étiquette produit, définissant les apports nutritifs peut-être retrouvée sur l'emballage de l'aliment concentré de votre cheval. Sinon, adressez vous directement à votre fournisseur d'aliment, ou allez voir leur page internet dédiée.
- L'adaptation de la ration et de ses quantités sera encore plus juste en effectuant une analyse de fourrage : il s'agit de l'unique moyen de connaitre les teneurs exactes en éléments nutritifs.
Le slow-feeding : une méthode qui permet de gérer l'ingestion et de limiter le gaspillage alimentaire
Le slow-feeding (alimentation lente) : cette pratique consiste à ralentir mécaniquement la consommation alimentaire afin que le cheval puisse augmenter son temps d'ingestion des fourrages. Ce mode de distribution vise à optimiser le bien-être métabolique et comportemental de l'animal. Etendre la phase de consommation sur un temps proche des 16 heures observées en milieu naturel, limite les périodes de vacuité gastrique et les troubles associés, tels qu'une surproduction d'acidité gastrique.
Point sur son mode de distribution
Découvrez ci-dessous un guide des pratiques qui vous donnera des astuces pour limiter le gaspillage alimentaire :
- Utiliser un râtelier couvert d'un filet ou d'une grille.
- Fixer ou suspendre un filet au mur : le choix de la taille du maillage déterminera la vitesse d'ingestion du fourrage.
- Percer un tonneau ou un bac de plusieurs trous de différentes tailles.
- Privilégier une distribution basse : il faut tout de même rester vigilant à ce que le dispositif reste hors de portée des sabots, surtout avec les chevaux ferrés, pour éviter les accidents.
- Préparer et distribuer plusieurs rations par jour.
Food, Freedom, Friends : l'équation essentielle pour la santé de votre cheval
Les 3 F : Food, Freedom et Friends
Avez vous déjà lu un article sur les 3 fondamentaux pour le bien-être des chevaux ?
- Food : le cheval doit percevoir une ration alimentaire appropriée et équilibrée, qui répond à ses besoins individuel. La mastication permise par un fourrage mis à disposition de manière continuelle, permet de limiter les temps de jeûne et augmenter la durée d'ingestion, et donc de favorise la santé intestinale. L'accès à une eau propre et tempérée est aussi un facteur de santé digestive. Pour équilibrer la ration, l'apport d'aliment concentré et de compléments alimentaires de qualité peut-être un levier majeur pour le maintien en bonne santé.
- Freedom : la nécessité de se mouvoir librement dans un pré ou un paddock est également un paramètre de bien-être général.
- Friends : la création de liens sociaux avec d'autres chevaux est indispensable à leur bien-être et aide à leur développement émotionnel.
Ce qu'il faut retenir
En résumé, le cheval a des besoins alimentaires spécifiques. Des apports nutritifs sont nécessaires au fonctionnement de son métabolisme de base, qui varient en fonction de sa physiologie. D'autres viennent s'ajouter et découlent du degré d'intensité d'activité de l'individu. Les fibres servent de base à son alimentation constituant minimum 60% de son programme alimentaire. Pour que la ration couvre au mieux les besoins, l'ajout d'aliments concentrés et/ou de compléments alimentaires de qualité peut-être une solution efficace pour réduire les déséquilibres nutritifs, à condition d'être apportés en juste quantité. Déterminer la bonne quantité d'aliment à distribuer résulte d'une bonne identification de l'individu, de ses dépenses énergétiques, et d'une analyse précise de l'aliment.