Le sevrage est un événement stressant pour la jument et le poulain puisqu'il a pour but de les séparer. Le sevrage est une étape sensible, susceptible d’induire un stress important chez le poulain lorsque les conditions sont mal respectées. Elle s'accompagne par de nombreux changements, notamment alimentaires. Le poulain doit constamment adapter ses habitudes alimentaires qui accompagnent les changements physiologiques de croissance.
Dans cet article, nous vous informons sur tout le processus de sevrage du poulain.
Le sevrage naturel et domestique du poulain
Le sevrage naturel
Bien qu'aujourd'hui le sevrage à l'état sauvage soit rare en France, il est essentiel de rappeler comment se déroule la séparation dans la nature.
Le sevrage du poulain en milieu naturel a lieu aux alentours du 9 ou10e mois. Cela peut varier selon l'expérience maternelle de la jument (primipare ou multipare), de son état physiologique (gestante ou vide) et de la disponibilité des ressources alimentaires.
Qu'est-ce qu'une primipare ou multipare ? Une jument est qualifiée de primipare lorsqu'il s'agit de son premier poulain. Elle est à l'inverse multipare lorsqu'elle a plusieurs poulains.
Le sevrage n'est pas un évènement instantané : il est progressif. En effet, le lien de la mère et de son poulain évolue, au fil des semaines le poulain prend de la distance. Ce changement fait évoluer naturellement l'alimentation du poulain : son premier mois de vie fait l'objet d'une alimentation majoritairement lactée, avec seulement 7% de pâturage.
Cette prise de distance progressive avec la mère permet au jeune de s'émanciper peu à peu afin de découvrir son environnement et ses congénères. Son système digestif poursuit ainsi sa maturation et favorise la prise d’aliment solide. Les tétées s’espacent donc progressivement jusqu’à leur arrêt, tandis que le lien social entre la mère et son poulain persiste après le sevrage alimentaire.
Le sevrage à l'état naturel est purement alimentaire, puisque les liens sociaux avec la mère et d'autres membres du groupe familial sont maintenus au sein du troupeau jusqu'au départ du groupe des jeunes.
Le sevrage domestique
Contrairement au sevrage à l'état naturel, le sevrage domestique à lieu bien plus tôt, aux alentours de 5-6 mois. Ce n'est pas un évènement décidé par le jeune, mais par l'éleveur pour diverses raisons, dont les principales sont :
- Economiques : vente du poulain ou de la mère.
- Etat corporel et physiologique de la mère : gestation, amaigrissement...
Le sevrage domestique peut être beaucoup plus abrupt que le sevrage observé dans des conditions naturelles, notamment lorsqu’il associe séparation maternelle et changement d’environnement.
Pour le poulain, des conditions de sevrage très stressantes peuvent favoriser des perturbations comportementales et l’apparition de stéréotypies, avec des effets susceptibles de persister.
Comment réussir le sevrage d’un poulain ?
La séparation progressive
Des méthodes ont été étudiées afin de limiter le stress associé au sevrage artificiel. Parmi les méthodes étudiées, le retrait progressif des mères tout en maintenant les poulains en groupe dans un environnement familier semble limiter certains indicateurs comportementaux de stress. Ce retrait progressif a également été associé à moins de défécations liées au stress et à une perte de poids moins importante qu’un retrait simultané de toutes les mères.
Plusieurs protocoles de sevrage progressif ont permis de réduire certains indicateurs de stress, notamment les vocalisations et l’agitation...
La présence d’un adulte familier peut atténuer certains indicateurs de stress et limiter les interactions agressives entre jeunes.
Par ailleurs, le maintien des poulains en groupe et l’accès au paddock ou au pré sont préférables à un isolement individuel au box lorsque les conditions le permettent.
La transition alimentaire
La réussite du sevrage passe également par la mise en place d'une transition alimentaire. Si le poulain n'est pas préparé sur le plan alimentaire avant le sevrage, l'arrêt brutal de la consommation de lait provoque une rupture nutritionnelle. Cette rupture nutritionnelle entraîne deux risques majeurs :
- Une baisse de consommation peut entraîner une stagnation temporaire de la croissance ou une perte d’état, d’où l’importance d’anticiper la transition alimentaire.
- Une modification brutale de la ration, notamment une augmentation rapide des apports en concentrés riches en amidon, peut augmenter le risque de troubles digestifs.
| Objectif de préparation |
Période clé |
Constat physiologique |
Actions recommandées |
| Habituer le poulain à une alimentation solide |
Dès ~3 mois |
La production laitière de la jument diminue progressivement et peut ne plus suffire à couvrir les besoins croissants du poulain. |
- Introduire des aliments concentrés spécifiques.
- S'assurer que le poulain consomme spontanément sa ration quotidienne avant la séparation physique.
- Disposer d'un accès permanent à un foin de qualité.
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| Préserver l'équilibre digestif lors de la transition |
Naissance au sevrage |
À la naissance, le microbiote du gros intestin est encore immature. Bien que développé au sevrage, il reste très sensible aux transitions alimentaires et au stress. |
- Accompagner le développement du microbiote avec l'augmentation progressive de la prise d'aliments solides.
- Anticiper et réduire le stress lié à la rupture nutritionnelle et à la séparation.
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Nos bonnes pratiques pour réussir le sevrage
- Éviter un sevrage inutilement précoce et choisir le moment selon l’état de la jument et l’autonomie alimentaire du poulain.
- Favoriser le sevrage progressif et avec d'autres compagnons (jeunes et plus vieux chevaux).
- Privilégier l'hébergement en paddock, stabulation ou pré, plutôt que l'isolement au box.
- Mettre en place une transition alimentaire pour prévenir les troubles digestifs.
La gestion de l'alimentation au sevrage
La complémentation en concentrés
Les besoins en protéines
Pour assurer le développement de son squelette et de sa masse musculaire, le poulain a besoin de protéines de haute qualité. Les protéines sont constituées d’acides aminés. Parmi eux, certains sont dits indispensables (AAI), car l’organisme ne peut pas les synthétiser en quantité suffisante : ils doivent donc être apportés par l’alimentation.
Chez le cheval, ou se fait l’assimilation des acides aminés ? La digestion et l’absorption des acides aminés alimentaires se déroulent principalement dans l’intestin grêle. Les protéines microbiennes produites dans le gros intestin sont très peu valorisées comme source d’acides aminés par le cheval.
La particularité du poulain
Une ration insuffisamment pourvue en acides aminés indispensables peut limiter la synthèse protéique et compromettre la bonne croissance du poulain.
Parmi tous les AAI, la Lysine est un acide aminé indispensable particulièrement important chez le poulain en croissance. Elle est considérée comme un "facteur limitant".
Un apport insuffisant en lysine peut limiter la synthèse protéique, même lorsque les autres acides aminés sont présents en quantité suffisante. Veiller à un apport adapté en lysine dans la ration contribue ainsi à couvrir les besoins liés à la croissance.
Attention aux céréales :
Évitez les apports excessifs d'amidon et les repas volumineux de concentrés.
Une ration privilégiant les fibres, avec une densité énergétique adaptée, contribue à limiter les risques digestifs. Certaines études ont également observé une réponse comportementale au sevrage plus favorable avec des régimes riches en fibres et matières grasses qu'avec des régimes riches en amidon et sucres.
Les besoins en minéraux
| Minéral / Oligo-élément |
Rôles principaux |
Équilibre & Recommandations |
Risques liés au déséquilibre / Carence |
| Calcium & Phosphore |
- Calcium : minéralisation et solidité du squelette en croissance, contraction musculaire, transmission de l'influx nerveux.
- Phosphore : formation des os, production et stockage de l'énergie cellulaire.
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Rapport Ca/P recherché : ~1,5 à 2 dans la ration globale. |
Un excès de phosphore par rapport au calcium déséquilibre le métabolisme phosphocalcique et nuit à une bonne minéralisation osseuse. |
| Cuivre |
Développement du tissu osseux et synthèse du collagène. |
Apport adapté pour soutenir le développement squelettique. |
Un déficit peut favoriser l'apparition de lésions ostéo-articulaires. |
| Fer |
Formation de l'hémoglobine (transport de l'oxygène dans le sang) et de la myoglobine (dans les muscles). |
Apports raisonnés dans le cadre de la ration globale ; supplémentation systématique non recommandée. |
Troubles de l'oxygénation sanguine et musculaire en cas de manque. |
| Zinc |
Nécessaire à la croissance, participe au développement normal et à la solidité du squelette. |
Couverture des besoins journaliers pour soutenir le métabolisme de croissance. |
Ralentissement de la croissance ou fragilisation du squelette. |
| Sélénium (avec Vitamine E) |
Antioxydant agissant en synergie avec la vitamine E pour protéger les cellules musculaires du stress oxydatif. |
Couverture conjointe des besoins en sélénium et vitamine E. |
Myopathies nutritionnelles liées à une carence, dont la maladie du muscle blanc. |
Les besoins en vitamines
| Vitamine |
Rôles principaux & Bénéfices chez le poulain |
| Vitamine A |
Indispensable à l'organisme du poulain, notamment pour la vision et le renouvellement des tissus cellulaires (comme la peau et les muqueuses). Elle contribue également au fonctionnement normal du système immunitaire. |
| Vitamine D |
Participe à la régulation du métabolisme phosphocalcique, notamment de l'absorption intestinale du calcium et du phosphore, et contribue ainsi à la minéralisation osseuse. |
| Vitamine E |
Protège les cellules contre le stress oxydatif (rôle antioxydant majeur) et contribue au maintien de l'intégrité et du bon fonctionnement musculaire. |
La recommandation de nos vétérinaires
Foaling est un complément alimentaire issu de la recherche vétérinaire, à destination des poulains. Sous forme de pâte orale, il assure un apport optimal en vitamines et oligoéléments afin de soutenir les besoins du poulain nouveau-né.
Ce qu’il faut retenir
Comme vous l'aurez compris, le sevrage est un moment délicat. Le choix de la méthode de sevrage couplé à une alimentation juste et adaptée aux besoins de l'animal en développement sont décisifs pour sa santé comportementale et digestive. L'éleveur doit tout faire pour limiter le stress de l'événement. Pour cela, il est crucial d'adapter correctement l'alimentation en fonction des besoins du foal, en anticipant la phase de séparation. Lorsque les conditions le permettent, privilégiez un sevrage progressif, en groupe et dans un environnement familier plutôt qu’une séparation brutale avec isolement du poulain.