Ulcères gastriques chez le cheval : causes, symptômes et prise en charge
L'ulcère gastrique est l'une des maladies digestives les plus fréquentes chez le cheval. Une étude de référence (Murray, AAEP Proceedings) rapporte qu’un cheval développe un ulcère gastrique au moins une fois au cours de son existence.
Le saviez-vous ? Jusqu'à 90 % des chevaux de course, 60 % des chevaux de sport et 40 % des chevaux de loisir sont atteints d’un ulcère gastrique à un moment de leur vie.
Cette fréquence élevée s'explique par un décalage entre la physiologie digestive du cheval, restée quasiment inchangée depuis des millénaires, et les conditions de vie qui lui sont aujourd'hui imposées.
Comprendre ce mécanisme est la première étape pour prévenir efficacement l'apparition d'ulcères chez son cheval.
Comprendre l'estomac du cheval pour comprendre l'ulcère
Deux zones aux capacités de défense très inégales
L'estomac du cheval est un organe de petite taille : il représente seulement 8 à 10 % de la longueur totale du tube digestif, pour une contenance de 8 à 15 litres. Cette anatomie impose une digestion fractionnée et continue, plutôt qu'organisée autour de repas isolés.
Il se divise en deux zones aux capacités de défense très différentes :
La région squameuse, dans la partie supérieure de l'estomac, ne possède aucun mécanisme de défense naturel contre l'acidité. Elle ne produit ni mucus ni bicarbonates protecteurs. Cette zone supporte des pH de 5-6.
La région glandulaire, dans la partie inférieure, est naturellement protégée par une couche de mucus riche en bicarbonates qui neutralise l'acidité. Cette zone supporte des pH de 1-2.
Bon à savoir : le pH stomacal moyen d’un cheval est normalement de 4.
Une production d'acide continue, contrairement à l'homme ou au chien
Contrairement à l'homme ou au chien, l'estomac du cheval sécrète de l'acide chlorhydrique en continu, indépendamment des repas. Il produit ainsi entre 40 et 60 litres de sucs gastriques par jour.
Cette acidité est indispensable à la digestion et constitue une barrière naturelle contre les bactéries, mais elle nécessite en contrepartie une protection constante de la muqueuse.
Une salive produite seulement pendant la mastication
Chez le cheval, la salive n'est produite que pendant la mastication, contrairement à l'homme. Cette salive joue un rôle essentiel de tampon grâce aux bicarbonates qu'elle contient : elle neutralise l'acidité au contact du bol alimentaire. Un cheval peut produire entre 30 et 50 litres de salive par jour.
À l'état naturel, un cheval consacre jusqu'à 70 % de son temps à la mastication, ce qui assure un équilibre constant entre production d'acide et production de salive tampon.
C'est ce mode de vie ancestral, basé sur un pâturage quasi permanent d'environ 18 heures par jour, qui protège naturellement l'estomac de l'acidité produite en continu.
Pourquoi le mode de vie moderne favorise l'apparition d'ulcères
La domestication a profondément modifié le rythme alimentaire du cheval. Maintenu au box une grande partie de la journée, nourri avec deux à trois repas concentrés riches en amidon et soumis à un exercice parfois intense, le cheval moderne ne mastique plus en moyenne que 3 heures par jour, contre 18 heures à l'état naturel. Ce déficit de mastication rompt l'équilibre entre acidité et protection.
Plusieurs mécanismes concourent à ce déséquilibre.
Une mastication insuffisante. Le type d'aliment détermine directement le temps de mastication et la quantité de salive produite. Un kilo de foin nécessite environ 50 minutes de mastication et produit 6 litres de salive, contre seulement 10 à 15 minutes et 1,5 litre de salive pour un kilo de concentrés. Moins de mastication signifie moins de salive tampon disponible pour neutraliser l'acidité.
Un estomac fréquemment vide. Le cheval moderne ne se nourrit plus en continu. Son estomac reste régulièrement vide pendant plusieurs heures, alors que la sécrétion d'acide, elle, ne s'interrompt jamais. L'acide se retrouve alors directement au contact des parois de l'estomac, favorisant l'irritation des tissus.
Des rations trop riches en amidon. Un apport important de céréales modifie l'équilibre digestif : la vidange gastrique s'accélère, la fermentation microbienne se développe, et la production d'acides (acide lactique, acides gras volatils) augmente. Le seuil de vigilance se situe autour de 2 grammes d'amidon par kilo de poids vif et par jour, soit environ 1 kg d'amidon pour un cheval de 500 kg. Ce seuil est d’ailleurs fréquemment dépassé chez les chevaux de sport nourris de façon trop concentrée.
Bon à savoir : l’amidon non digéré atteint le gros intestin (caecum et côlon), ce qui provoque une acidification du système digestif, détruisant la flore cellulolytique (les bactéries essentielles à la bonne digestion des fibres). Cela peut entrainer des conséquences supplémentaires, comme une baisse de l’état corporel, troubles métaboliques et inflammatoires chroniques et même un impact psychologique (via l’axe intestin-cerveau)
L'effet de l'exercice. Pendant l'effort, la contraction des muscles abdominaux augmente la pression intra-abdominale et provoque une remontée du contenu gastrique acide vers la région squameuse, dépourvue de toute protection. Ce mécanisme (aussi nommé Squelch Effect) explique pourquoi l'intensité de l'exercice est directement corrélée au risque d'ulcère.
Ces facteurs s'enchaînent souvent en cercle vicieux : l'amidon nourrit les bactéries gastriques, qui produisent davantage d'acide, tandis que la réduction de la mastication limite l'effet tampon de la salive.
L'acide reste alors en contact prolongé avec la muqueuse, ce qui finit par provoquer une irritation puis des érosions : c’est le début de l’ulcère.
Qu'est-ce qu'un ulcère gastrique chez le cheval ?
Un ulcère gastrique correspond donc à une lésion de la muqueuse de l'estomac, provoquée par un contact prolongé avec l'acidité gastrique. Comme vu précédemment, cette pathologie touche aussi bien les chevaux de compétition que les chevaux de loisir, quel que soit leur mode de vie. Chaque cheval peut y être sujet au cours de sa vie.
On distingue deux formes d'ulcère gastrique selon la zone de l'estomac touchée :
l'ESGD (Equine Squamous Gastric Disease), qui atteint la muqueuse squameuseµ
l'EGGD (Equine Glandular Gastric Disease), qui atteint la muqueuse glandulaire.
Ces deux formes peuvent coexister chez un même cheval.
Tableau de synthèse : les deux formes d'ulcère gastrique chez le cheval
Critère
ESGD (muqueuse squameuse)
EGGD (muqueuse glandulaire)
Localisation
Partie supérieure de l'estomac
Partie inférieure de l'estomac
Protection naturelle
Aucune
Mucus riche en bicarbonates
Facteurs favorisants
Jeûne prolongé, exercice intense, rations riches en amidon, stress
Origine plus complexe : altération des mécanismes de protection, troubles du flux sanguin, phénomènes inflammatoires
Coexistence
Peut être associée à l'EGGD chez un même cheval
Peut être associée à l'ESGD chez un même cheval
Quels sont les symptômes de l'ulcère gastrique chez le cheval ?
Les signes d'un ulcère gastrique sont souvent discrets, ce qui rend cette pathologie difficile à repérer. Certains chevaux ne présentent d'ailleurs aucun symptôme visible malgré la présence de lésions.
Les signes les plus fréquemment rapportés sont : irritabilité au sanglage, poil terne et piqué, appétit irrégulier, amaigrissement ou baisse d'état général, diarrhées, crottins odorants parfois teintés de sang, baisse des performances sportives, manque d'enthousiasme au travail, épisodes de coliques, éructations et mauvaise haleine.
Chez le poulain, un ptyalisme (production excessive de salive) peut également être un signe d'appel.
Face à l'un de ces signes, même isolé, une consultation vétérinaire reste la seule façon de confirmer ou d'écarter la présence d'un ulcère gastrique.
Tableau de synthèse : les symptômes de l'ulcère gastrique chez le cheval
Catégorie
Signes observés
Appétit
Diminution de l'appétit pouvant aller jusqu'à l'anorexie, perte d'état discrète à forte, appétit
capricieux, rations de concentrés non terminées.
Douleur directe
Cheval qui se campe après avoir mangé, épisodes de coliques.
Changement de comportement
Bâillements, cheval qui se tape le ventre, fouaillements de queue augmentés, flehmen.
Agressivité et défense
Agressivité, réactions de défense au sanglage, formes d'automutilation.
Performance
Baisse de performance sportive, intolérance à l'effort.
État général
Baisse de l'état général associée à un poil piqué visible.
Comment diagnostiquer un ulcère gastrique chez le cheval ?
La gastroscopie est le seul examen permettant de confirmer la présence d'un ulcère gastrique chez le cheval, par observation directe de la muqueuse de l'estomac. En effet, la sévérité des symptômes mentionnés précédemment n'est pas toujours liée au degré de sévérité et de gravité de l'ulcère. Seule la gastroscopie permet de les observer pour le déterminer.
Déroulement de la gastroscopie :
Le cheval est mis à jeun durant une période de 12h, et l’eau est retirée quelques heures avant l’examen. Ces mesures permettent au vétérinaire d’avoir un estomac le plus vide possible lors de la gastroscopie afin d’avoir une bonne visibilité de l’intégralité des parois de l’estomac. Cet examen est généralement réalisé sous sédation afin de limiter du stress pour l’animal ainsi que les risques de la manipulation, tant pour le cheval que pour les personnes impliquées.
Le gastroscope, une caméra montée sur une tige articulée, est introduit dans le naseau du cheval par le vétérinaire tandis qu’au minimum une autre personne tient l’animal. La caméra poursuit ensuite son chemin dans le pharynx puis l’œsophage du cheval, avant de passer par le cardia et d’arriver dans l’estomac. Une fois dans l’estomac, le vétérinaire manipule la tige articulée afin d’avoir accès de façon méthodique à l’intégralité de l’estomac.
Les lésions sont ensuite classées sur une échelle de gravité allant de 0 à 4 :
Grade 1 : irritation superficielle, avec rougeurs ou épaississement.
Grade 2 : lésions mineures, isolées ou superficielles.
Grade 3 : lésions majeures, larges ou multiples, avec saignement possible.
Grade 4 : ulcère sévère, avec risque de perforation gastrique. Il s'agit d'une urgence vitale, à suspecter devant un abdomen rigide et douloureux, une pâleur, des sueurs ou une accélération du rythme cardiaque.
Quels sont les traitements pour les ulcères gastriques chez le cheval ?
De nombreux traitements pour les ulcères gastriques sont disponibles :
L'oméprazole :
Cette molécule fait partie des substances médicamenteuses de type inhibiteurs de la pompe à protons. Ils sont à ce jour le traitement médicamenteux recommandé et spécifique des ulcères gastriques. Une seule administration par jour est nécessaire, et le produit doit être donné par voie orale idéalement à un animal à jeun, pendant une durée de plusieurs semaines. Ces produits se présentent généralement sous forme de pâte.
Le but de l’utilisation de cette molécule est de diminuer la production d’acide par l’estomac, pour permettre de limiter l’acidité gastrique et favoriser la cicatrisation des ulcères.
A noter : il est important de mettre en place des mesures complémentaires au traitement. Une fois celui-ci terminé, un effet rebond type "retour de flammes" peut être observé. Des mesures préventives & environnementales sont donc recommandées pour l'éviter.
Le sucralfate :
Le sucralfate est capable de former une couche restant adhérente aux lésions de la muqueuse glandulaire. Le pansement ainsi produit favorise la cicatrisation des ulcères gastriques et à un rôle protecteur.
Les anti-acides :
Certaines molécules sont capables de neutraliser le contenu acide permettant ainsi de limiter l’acidité. Ils ont un effet bénéfique sur le court terme en apportant du confort à l’animal, mais, selon les molécules utilisées, ils peuvent présenter l’inconvénient de perturber la motilité et la flore de l’intestin.
Comment prévenir l'ulcère gastrique chez le cheval ?
La prévention repose sur trois axes principaux : limiter l'acidité gastrique, réduire les facteurs de stress et soutenir les mécanismes naturels de protection de l'estomac.
Côté alimentation :
privilégier un fourrage de qualité, riche en fibres,
limiter au maximum les périodes de jeûne, en fractionnant les repas, et en visant une ingestion de fourrage (ou d'herbe) avoisinant les 15h par jour.
limiter la teneur en amidon des rations
garantir un accès à l'eau à volonté.
Le foin de luzerne présente un intérêt particulier : une étude in vivo (F.M et al., 2000) a montré que son ingestion permet de maintenir le pH gastrique au-dessus de 4 pendant 5 à 6 heures, une durée plus longue qu'avec une quantité équivalente de foin de graminées ou de concentrés.
Côté environnement et gestion du stress :
maintenir des routines régulières,
favoriser les contacts sociaux entre chevaux,
limiter l'anxiété liée au transport.
Un cheval détendu digère mieux, ce qui en fait un axe de prévention à part entière, au même titre que l'alimentation.
Quels chevaux sont les plus exposés aux ulcères gastriques ?
Certains chevaux présentent un risque accru de développer un ulcère gastrique : les chevaux à l'entraînement intensif ou en sport de haut niveau, les chevaux stressés, exposés à un coup de froid, en gestation, nourris avec une ration riche en protéines, soumis à un jeûne prolongé, sous traitement médicamenteux, ou présentant une mastication insuffisante.
Chez ces chevaux, la prévention joue un rôle particulièrement important, la détection d'un ulcère déjà installé restant difficile.
La complémentation : une solution pour aider réguler l’acidité gastrique chez les chevaux à risque
Il est également possible d’opter pour des compléments alimentaires de soutien gastrique pour cheval, afin de soutenir son système digestif et aider à réguler l'acidité. Ces compléments peuvent être utilsiés en parallèle des actions préventives préconisées plus haut, voire d’un traitement médicamenteux (sous réserve d’un avis positif de votre vétérinaire).
Il est cependant primordial de choisir un complément qui va soutenir l’estomac de façon globale, en prenant en compte les enjeux évoqués ci-dessus : l’acidité & le microbiote.
La recommandation de nos vétérinaires
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Questions fréquentes sur les ulcères chez le cheval
Quels produits pour votre cheval ?
Chaque cheval a des besoins différents selon son âge, son activité et ses éventuelles sensibilités.
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