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L’immunité chez le poulain : ce qu’il faut savoir

La vie du poulain débute dans un état de fragilité biologique hors du commun. À la naissance, son système immunitaire immature n’est pas en mesure d’assurer seul une protection efficace contre les nombreux agents pathogènes présents dans son environnement. Cette vulnérabilité n’est pas un défaut, mais la conséquence directe de la physiologie équine et du type de placentation caractéristique du cheval, qui empêche tout passage d’anticorps de la mère vers le fœtus pendant la gestation. Ainsi, le poulain nouveau-né arrive au monde dépourvu d’immunité humorale et dépend entièrement de la prise de colostrum, le « premier lait » riche en immunoglobulines, que la jument emet immédiatement après la mise bas.

Comprendre les fondements de l’immunité, les spécificités propres au poulain et les moyens permettant de renforcer ses défenses constitue une démarche essentielle pour tout éleveur ou professionnel souhaitant garantir la santé du poulain. Les premières heures sont déterminantes, car elles conditionnent la mise en place d’une immunité passive de qualité, capable de protéger l’animal durant les semaines critiques de son début de vie.

L’immunité : qu’est-ce que c’est ?

Définition

L’immunité désigne l’ensemble des processus biologiques permettant à un organisme de reconnaître, neutraliser et éliminer tout élément perçu comme étranger ou potentiellement dangereux. Elle assure un maintien constant de l’état de santé et constitue une barrière efficace contre les infections. On distingue notamment l’immunité innée, immédiate mais non spécifique, et l’immunité adaptative ou spécifique, qui repose en grande partie sur la production d’anticorps et la mémoire immunitaire.

Chez le poulain, la situation est particulière. Malgré une organisation fonctionnelle déjà en place, l’immunité spécifique reste insuffisante au moment de la naissance. Les cellules immunitaires sont présentes, mais leur activité est encore limitée (elles sont dites « immatures »), et la production autonome d’anticorps (aussi appelés immunoglobulines dont IgG, IgM…) est très faible durant les premières semaines de vie. C’est pourquoi la protection du nouveau-né repose presque intégralement sur l’immunité passive transmise par la jument via le colostrum.

Cellules et phénomènes impliqués

Le système immunitaire, présent entre autre dans la circulation sanguine, fait intervenir des acteurs variés. Les lymphocytes B, spécialisés dans la production d’anticorps, jouent un rôle central dans l’immunité humorale. Les lymphocytes T participent quant à eux à la coordination de la réponse immunitaire, notamment lors des infections virales. Les phagocytes, comme les macrophages et les neutrophiles, assurent une première défense en éliminant directement les agents pathogènes, tandis que le complément, un ensemble de protéines circulant dans le système sanguin, favorise la destruction des microbes et amplifie les signaux d’alerte.

 

Chez le poulain, ces mécanismes existent mais fonctionnent à une capacité réduite dans les premiers jours de vie. Cette fragilité explique pourquoi l’apport externe d’immunoglobulines issues du colostrum est indispensable vis à vis de la faiblesse initiale et éviter l’apparition de maladies potentiellement graves.

Particularités de l’immunité du poulain

Placentation et colostrum

La particularité majeure de l’immunité du poulain réside dans la nature épithélio-choriale de la placentation chez la jument. Cette structure anatomique, beaucoup plus épaisse que celle observée chez les carnivores ou les humains, constitue une barrière infranchissable pour les anticorps. De ce fait, aucun transfert d’IgG chez les poulains ne se produit avant la naissance. Lorsque le poulain voit le jour, il n’existe pas d’anticorps dans son sang, ce qui le rend extrêmement vulnérable face aux risques infectieux présents dans son environnement immédiat.

C’est uniquement lors de la consommation de colostrum maternel que le poulain absorbe les immunoglobulines nécessaires à la constitution de son immunité passive. Le colostrum de la jument, excrété dans les heures qui suivent la mise bas, présente une concentration particulièrement élevée d’anticorps IgG. Ceux-ci traversent l’épithélium intestinal (au niveau de l’intestin grêle) grâce à une perméabilité spécifique du système digestif du poulain nouveau-né. Cependant, cette perméabilité ne dure qu’un temps très limité : elle diminue dès la 6ème heure de vie et disparaît presque totalement après 24 heures.

La qualité du colostrum dépend de nombreux facteurs, notamment l’âge de la jument, son état de santé, son alimentation, la durée de gestation et les conditions de la reproduction. Une fuite lactée prématurée avant mise-bas peut également entraîner une diminution de sa richesse en anticorps. C’est pourquoi il est recommandé d’évaluer la qualité du colostrum à l’aide d’un réfractomètre Brix (ou test Brix), outils fiables permettant d’apprécier rapidement la concentration d’immunoglobulines.

Période critique et mise en place d’une immunité efficace

Les premières heures de vie représentent une période critique. Pour que le transfert immunitaire soit optimal, le poulain doit ingérer une quantité suffisante de colostrum, idéalement au moins un litre, dans un délai très court. Plus la tétée est précoce, meilleure est l’absorption du colostrum. Lorsque la prise est tardive ou insuffisante, les taux sanguins du poulain peuvent être bas, ce qui traduit un transfert partiel ou un véritable échec du transfert passif.

Pour vérifier l’efficacité du transfert d’immunité, il est possible de réaliser un dosage des IgG dans le sang du poulain, environ 24 heures après la naissance. Des outils comme le test SNAP permettent une estimation rapide sur le terrain. Un taux inférieur aux normes expose le poulain à un risque élevé d’infection comme une septicémie, une arthrite septique, de diarrhée néonatale ou d’infections respiratoires. Dans ces cas, il est possible d’administrer du plasma hyperimmun, riche en anticorps, afin d’augmenter rapidement les concentrations d’IgG circulantes.

L’immunité spécifique propre du poulain met plusieurs semaines à devenir pleinement fonctionnelle. Ce n’est qu’à partir du deuxième mois environ que la production autonome d’anticorps devient réellement efficace, ce qui explique la nécessité de respecter un calendrier de vaccination adapté et de maintenir une vigilance accrue durant toute cette période.

Comment optimiser l’immunité du poulain ?

Alimentation de la mère

La qualité du colostrum est intimement liée à la qualité de l’alimentation de la jument en fin de gestation. Une jument correctement nourrie, recevant des apports adaptés en vitamines, oligos-éléments, minéraux et acides aminés essentiels, produit généralement un colostrum plus riche en immunoglobulines. Les besoins nutritionnels augmentent considérablement durant les dernières semaines de gestation, et un complément alimentaire bien formulé peut contribuer à améliorer la qualité du colostrum. 

Prise colostrale

La prise de colostrum constitue le moment déterminant de toute la vie du poulain. Un poulain en bonne santé cherche instinctivement la mamelle et réalise sa première tétée dans la première heure. 

Lorsqu’un poulain tarde à se lever, présente une faiblesse ou ne parvient pas à téter correctement, l’intervention rapide du naisseur est indispensable. Si la tétée naturelle n’est pas possible, l’administration de colostrum peut être réalisée par biberon ou par sonde par un vétérinaire.

Lorsqu’un colostrum est jugé de mauvaise qualité, ou lorsque la jument ne peut pas en produire suffisamment, l’utilisation d’une banque de colostrum, d’un colostrum congelé ou de produits commerciaux devient une solution précieuse. 

L’objectif est toujours d’assurer une quantité suffisante de colostrum riche en IgG, afin de permettre une absorption optimale avant la fermeture de l’intestin.

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Compléments alimentaires

Après la première journée de vie, lorsque l’absorption des IgG devient impossible par voie digestive, d’autres stratégies permettent de soutenir la fonction immunitaire. Certains aliments complémentaires destinés aux poulains, contribuent à renforcer leurs défenses grâce à des apports spécifiques en nutriments ou en facteurs immunomodulateurs.

Environnement

Un environnement propre, sec et bien géré joue un rôle fondamental dans la prévention des maladies néonatales. Le poulain étant particulièrement vulnérable durant les jours qui suivent la naissance, il est essentiel de limiter la pression microbienne. Une hygiène rigoureuse autour de la jument,  du lieu de mise bas et du box ainsi qu’une attention particulière portée au nombril, réduit considérablement les risques d’infection. Le stress, la surpopulation ou les variations brutales de température peuvent affaiblir la réponse immunitaire du poulain, qui doit pouvoir évoluer dans un milieu calme et sain pour favoriser son développement.

Ce qu'il faut retenir

L’immunité du poulain repose sur un équilibre fragile entre une vulnérabilité initiale marquée et la nécessité d’assurer une protection rapide contre les pathogènes présents dans son environnement. En raison de l’absence de transfert placentaire d’anticorps, la prise colostrale, réalisée dans les premières heures de vie, constitue la base de toute stratégie sanitaire. L’évaluation de la qualité du colostrum, la surveillance attentive des taux sanguins du poulain et la capacité d’intervenir rapidement en cas de transfert partiel ou d’échec du transfert passif sont indispensables pour garantir la réussite de cette étape critique.

 

L’optimisation de l’alimentation de la jument, l’utilisation raisonnée des compléments alimentaires, la possibilité de recourir à un colostrum de bonne qualité issu d’une banque de colostrum, ainsi que la maîtrise de l’environnement sont autant de moyens concrets permettant d’aider le poulain à franchir sereinement les premiers jours de sa vie. 

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