Longtemps redoutée chez le chien, l’hépatite de Rubarth reste aujourd’hui une maladie grave, potentiellement mortelle, malgré les avancées en matière de prévention. Causée par un virus particulièrement résistant et contagieux, elle touche en priorité les chiots et les jeunes chiens non vaccinés, avec des formes parfois fulgurantes et des conséquences lourdes sur la santé hépatique et générale de l’animal. Comprendre les mécanismes de cette affection, savoir reconnaître ses signes et connaître les moyens de prise en charge et de prévention sont essentiels pour agir rapidement et limiter les risques. Cet article vous propose un éclairage complet pour mieux appréhender l’hépatite de Rubarth chez votre chien et adopter les bons réflexes face à cette maladie.
Comprendre l'hépatite de Rubarth chez le chien
Qu'est-ce que l'Hépatite de Rubarth ?
L’hépatite de Rubarth est une maladie virale aiguë et très contagieuse causée par l’adénovirus canin de type 1 (CAV-1). Ce virus cible principalement le foie et peut provoquer une insuffisance hépatique fatale, en particulier chez les chiots non vaccinés. Particulièrement résistant, le CAV-1 peut survivre plusieurs mois dans l’environnement via les sécrétions (urine, salive) des animaux infectés. La transmission se fait par contact oro-nasal avec ces fluides contaminés. Une fois dans l’organisme, le pathogène attaque l’épithélium de divers organes : le foie, les reins, les yeux, l’appareil respiratoire et parfois le système nerveux central.
Qu’est-ce que l’épithélium ? Il s’agit d’un tissu biologique fondamental composé de cellules juxtaposées, formant une ou plusieurs couches sans substance interstitielle, qui recouvre la surface externe (peau) et interne (muqueuses, cavités organiques) du corps et assure protection, sécrétion ou absorption.
Il existe 3 formes d’Hépatite de Rubarth :
- Forme aigüe/sévère : la plus fréquente chez les chiots et les jeunes chiens, caractérisée par des signes tels que l'abattement, les douleurs abdominales, les vomissements ou la diarrhée.
- Forme suraigüe : la plus foudroyante chez les chiots nouveau-nés, engendrant la mort subite en 24-72h sans aucun signe clinique avant-coureurs, uniquement dû à une nécrose hépatique massive ou une hémorragie interne.
- Forme atténuée : la plus légère se caractérisant par des signes discrets (fièvre, troubles digestifs légers, conjonctivite légère) évoluant au cours des 2 premières semaines mais sans progression vers une forme grave.
Une forme chronique peut parfois s’installer : chez les chiens survivants à la forme aigüe de l’Hépatite de Rubarth, le virus persistant dans les cellules hépatiques et rénales provoquant une atteinte rénale persistante ou une fibrose hépatique irréversible avec cirrhose.
A noter que d’autres espèces sauvages (Coyote, Renard, Loup, Ours, Moufette) sont susceptibles d’être infectées par ce virus.
Les signes cliniques
La manifestation des signes cliniques de l’Hépatite de Rubarth sont variables et dépendent de sa gravité :
- Léthargie intense
- Fièvre élevée
- Abattement
- Troubles digestifs (vomissements, diarrhée)
- Perte d'appétit et anorexie
- Douleur abdominale marquée
- Troubles de la coagulation sanguine
- Gros ganglions
- Inflammation des amygdales
Les signes graves possibles
- Ictère : jaunisse des muqueuses.
- Pétéchies : rouge vif ou violacée, il s'agit d’une hémorragie de la peau (Taille <3 mm), des muqueuses ou des conjonctivites, causées par la rupture de capillaires dermiques.
- Ecchymoses par coagulopathie : bleues/violacées, ce sont des lésions hémorragiques sous-cutanée (Taille >3 mm), apparaissant lors d'un défaut de coagulation sanguine.
- Œdème cornéen bilatéral : opacification bleutée ou laiteuse, cet œdème correspond à un gonflement des cornées causé par l'accumulation de liquide dans ses couches (épithélium, stroma ou endothélium) entraînant une opacité et une baisse visuelle pour l'animal (apparaissant souvent dans un second temps).
Causes & origines : le virus CAV-1
Le virus CAV-1 appartient à la famille des Adenoviridae, spécifique aux canidés, il s’agit d’un virus très résistant dans l’environnement (plusieurs mois dans les urines et les fèces). CAV-1 se transmet par contact direct avec un autre chien ou indirect via contact avec l’urine, les fèces et la salive d’un chien portant le virus. C’est donc un virus très contagieux que votre chien, même guérit, peut transmettre au cours des 6 à 9 mois suivants.
Les chiots de 2 ou 3 mois sont les plus touchés par l’Hépatite de Rubarth, avec un taux de mortalité très élevé.
Prise en charge & prévention
Diagnostic & prise en charge
Lorsqu’un chien ou un chiot est suspecté d’avoir contracté cette maladie (signes cliniques évocateurs), l’examen vétérinaire est essentiel pour établir un diagnostic, connaître le type d’Hépatite de Rubarth et ainsi adapter son traitement. Des examens biologiques reposants sur la PCR, l’ELISA ou la sérologie permettent de confirmer si CAV-1 en est bien l’origine.
Il n’existe pas de traitement pour soigner cette maladie, la prise en charge est exclusivement symptomatique ayant pour objectif de favoriser la réponse immunitaire naturelle de votre animal. Chez le chiot, une hospitalisation en soin intensif est généralement nécessaire pour garantir ses chances de survie.
La meilleure prévention : la vaccination
Compte tenu de gravité de la maladie et de la grande résistance du virus dans l’environnement, la vaccination, dont la souche vaccinale CAV-2, est la meilleure solution de prévention efficace. Ce vaccin fait partie de ceux qui sont essentiels à administrer à tous les chiens, quel que soit leur mode de vie. La vaccination doit être faite dès l’âge de 8 semaines, composée de 2 à 3 injections espacées de 3 à 4 semaines. Un premier rappel peut être effectué à l’âge d’1 an, selon le vaccin utilisé, puis tous les 3 ans.
Bien que le vaccin soit le meilleur moyen de prévention, vous pouvez tout de même désinfecter l’environnement de votre chien afin d’inactiver le virus (nettoyage à la vapeur, eau de javel) et de limiter sa propagation. Vous l’aurez compris, la prévention « secondaire » repose entièrement sur l’hygiène et la prudence.
Ce qu'il faut retenir
L’hépatite de Rubarth demeure une affection virale redoutable chez le chien, en particulier chez les chiots et les animaux insuffisamment protégés. Sa contagiosité élevée, la sévérité potentielle de ses formes cliniques et l’absence de traitement curatif spécifique en font une maladie pour laquelle l’anticipation et la réactivité sont essentielles. La reconnaissance précoce des signes cliniques et la consultation vétérinaire rapide conditionnent directement le pronostic, notamment dans les formes aiguës ou suraiguës.
Toutefois, la véritable clé de la lutte contre l’hépatite de Rubarth repose sur la prévention. La vaccination, intégrée au protocole vaccinal de base, permet aujourd’hui de protéger efficacement les chiens contre le virus CAV-1 et d’éviter des conséquences souvent irréversibles. Associée à des mesures d’hygiène rigoureuses, elle constitue le moyen le plus sûr de limiter la circulation du virus et de protéger durablement la santé canine. Comprendre la maladie, rester vigilant et adopter une prévention adaptée sont donc les meilleurs leviers pour agir face à l’hépatite de Rubarth.